"En relisant Annie Dillard aujourd'hui, j'ai compris ce qui faisait d'elle une excellente romancière : elle prend du recul. Elle a le don d'observer avec acuité, et quelle observation ! Elle a une faculté d'appréciation formidable. Elle applique ce regard à la nature, qu'elle utilise comme métaphore du processus d'écriture. Personnellement, je suis peut-^tre (d'aucuns diront même certainement) trop enracinée dans l'ego. Il faut pouvoir sortir de soi-même pour écrire, ça doit devenir un processus inconscient, dans lequel on nage comme si c'était un fleuve. En réalité, quand on écrit bien, on n'a même plus besoin de nager. Il faut se laisser porter, emporter par les mots comme par un courant. Nager implique un manque de liberté par rapport aux restrictions de l'ego. Il faut arrêter de lutter au point d'en avoir mal aux bras. Il faut être, un point c'est tout" (Journal d'un roman - 14 janvier 1998).

Extrait de "Mes secrets d'écrivain" d'Elizabeth George. Editions Presses de la Cité, 2011.

SECRETS ECRIVAIN